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© Garrett James Photography

Surmonter les obstacles

Entre le décès de sa mère quand il était jeune et un déménagement à l’autre bout du pays pour vivre ses rêves au hockey, Manu Charbonneau a eu un parcours semé d’embûches

Mario Annicchiarico
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1er février 2022
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Manu Charbonneau, 17 ans, connaît très bien l’histoire de Willie O’Ree, le premier joueur noir à intégrer la Ligue nationale de hockey il y a quelque 60 ans, aujourd’hui intronisé au Temple de la renommée du hockey.

Ce sportif originaire de Fredericton a dû se battre pour la diversité et l’inclusion tout au long de son parcours professionnel. Un récit de vie difficile qui a marqué le jeune Manu; il n’a pas besoin du Mois de l’histoire des Noirs, célébré en février, pour s’en souvenir.

En effet, le jeune hockeyeur – qui patrouille aujourd’hui la ligne bleue des Bulldogs d’Alberni Valley de la Ligue de hockey de la Colombie-Britannique (BCHL), à Port Alberni – n’a pas eu non plus la vie facile.

Enfant de couleur, il a grandi seul avec sa mère caucasienne, Annie, à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Québec. Son père n’était pas dans le portrait. À 12 ans, il a vu sa vie basculer après le décès de sa mère, un événement tragique dont il a encore du mal à parler.

Manu, dont le nom complet est Emanuelson, a alors été recueilli par ses grands-parents caucasiens, Luc et Thérèse, qui résident toujours dans la petite ville à 40 kilomètres de Montréal.

Le couple âgé a fait vœu de l’encourager à continuer le hockey, où l’enfant brillait. Désigné « joueur au statut exceptionnel », il a joué dans la division M18 AAA pour le Collège Charles-Lemoyne à 14 ans durant la saison 2018-2019, écrit son conseiller familial Jonathan Lachance. Seuls trois autres joueurs ont eu le même statut dans son groupe d’âge.

À 15 ans, Manu est retourné jouer pour la même équipe et a été employé dans toutes les situations de match : on pouvait faire appel à lui en supériorité numérique, il défendait le fort durant les punitions et on le sollicitait en défense pour suivre certains joueurs à la trace, a précisé Lachance dans une lettre au comité national d’appel appuyant une demande de déménagement en Colombie-Britannique. « C’était un des trois joueurs les plus utilisés de son équipe. »

En 2020, il a également été sélectionné par l’Armada de Blainville-Boisbriand en troisième ronde du repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, mais il a plutôt opté pour une carrière universitaire et s’est joint aux Bulldogs. Manu a obtenu l’autorisation de déménager, et à l’âge de 16 ans, il a quitté le nid familial, laissant derrière lui ses souvenirs d’adolescence – et surtout, d’enfance avec sa mère – pour entrer dans la BCHL.

Ne parlant alors pas un mot d’anglais, il ne s’est pas laissé démonter pour autant.

« C’était amusant », répond-il quand on lui demande s’il avait un peu peur à l’époque. « Très différent de la côte Est. C’est un bel endroit où vivre, j’ai adoré mon expérience. Je n’avais pas vraiment peur; j’étais un peu nerveux, c’est vrai, mais c’était du bon stress. »

Au cœur de sa deuxième saison avec les Bulldogs, le jeune hockeyeur se débrouille maintenant très bien en anglais et continue de s’épanouir sur la glace comme ailleurs. Après sa troisième saison, l’an prochain, il prévoit étudier à l’Université du Nebraska à Omaha, où il a obtenu une bourse d’études complète.

Il a également attiré l’attention du Bureau central de dépistage de la LNH, qui le considère déjà comme un candidat pour le repêchage 2022. Manu est certainement sur la bonne voie, même s’il a dû surmonter de nombreux obstacles pour en arriver là!

Heureusement, il n’était pas pas seul : il a reçu l’aide de Lachance et de son partenaire d’affaires au Will Sports Group, Dominic De Blois. L’entreprise québécoise sert aussi notamment Tyler Seguin, Miro Heiskanen et Thomas Chabot.

Le directeur général et entraîneur-chef des Bulldogs d’Alberni Valley, Joe Martin, a également eu le plaisir de travailler avec le jeune colosse de 6 pi 3 po et de 200 livres. Avec une telle taille, difficile de passer inaperçu.

Mais c’est surtout son parcours qui attire l’attention, et il peut maintenant le raconter en anglais.

« Il a fait bien du chemin en anglais depuis son arrivée, affirme fièrement Martin. Quand on le voit, c’est facile d’oublier qu’il a 17 ans. Il est tellement grand! Il nous regarde dans les yeux, avec son regard brillant. C’est un joueur passionné, mais hors de la patinoire, il est calme, attentionné et appliqué.

« Il est unique, et il complète parfaitement l’équipe. Je ne le vois pas comme un jeune de 17 ans. Il n’y en a pas deux comme lui; il est très mûr pour son âge, probablement à cause de son passé. »

La perte de sa mère durant son enfance, puis la vie avec ses grands-parents âgés en temps de COVID-19 ont certainement laissé leurs marques.

« J’espère qu’il a quand même profité de son enfance, confie Martin. C’est difficile à dire; je ne le connaissais pas avant son arrivée ici, à 16 ans. Je sais qu’aujourd’hui au moins, il est heureux, appliqué et déterminé. Je lui souhaite de poursuivre sur sa lancée. »

« Ça n’a vraiment pas dû être facile pour lui (de perdre sa mère), surtout si jeune, à 12 ans. Il a tout de même de la chance d’avoir Jonathan et une bonne famille (de pension), une grosse famille – la famille Steel. »

Manu vit chez les Steel, des propriétaires d’entreprise qui appuient les sports dans la communauté, avec un coéquipier : le défenseur Ryan Nause, âgé de 20 ans et originaire du Nouveau-Brunswick.

« Ils m’ont énormément aidé, reconnaît le jeune Québécois. En tant que francophone, j’avais beaucoup de difficulté à me faire comprendre. Ils m’ont accueilli à bras ouverts et ont pris soin de moi, je leur en suis vraiment reconnaissant. »

« J’ai beaucoup d’amis ici (à Port Alberni), et je suis proche de mes coéquipiers. Ryan Nause est un de mes meilleurs amis, et on fait une bonne équipe sur la glace. On est tous assez proches, et les entraînements sont agréables. On est toujours de bonne humeur! »

Heureusement, Manu n’a pas eu à subir le racisme auquel O’Ree et bien d’autres ont été confrontés au cours de leur carrière.

« Il n’y avait pas beaucoup de personnes noires à Saint-Jean, mais j’avais d’excellents amis, alors ça n’a rien changé. Ils voyaient d’abord ma personnalité, et moi la leur », confie-t-il.

« On était peut-être trois personnes de couleur dans toute l’école, et on était bien traités, mais les gens essayaient de faire des blagues de temps en temps. Ça me dérangeait parfois; je leur ai simplement demandé de ne pas en faire devant moi. Ce n’était rien contre moi, c’était des blagues générales, mais ça pouvait m’affecter quand même. Quand ça arrivait, je le disais, tout simplement. »

« Je sais que ça peut arriver sur la patinoire, mais j’ai été chanceux : je ne l’ai pas vécu. Le racisme est un sujet très sensible pour moi. C’est sûr que si j’en vivais au hockey, j’en parlerais. Ce serait dommage; ultimement, on est tous égaux. Mais comme je dis, j’ai été chanceux et ça ne m’est encore jamais arrivé. Il n’y a pas de mal à se sentir frustré, mais rien ne justifie le racisme. »

Il sait qu’O’Ree s’est battu contre le racisme, et il réserve à l’ancien joueur de la LNH une place toute spéciale dans son cœur.

« J’ai vu le documentaire (sur O’Ree), je sais que les joueurs noirs de la LNH ont porté des patins spéciaux en son honneur », se souvient Manu. Il parle bien sûr du modèle à l’effigie du célèbre hockeyeur produit par Bauer en 2021, qui porte sa citation favorite : « All I needed was the opportunity » (J’avais simplement besoin qu’on me donne ma chance).

« Plus petit, j’aimais beaucoup les jeux vidéo. Je choisissais toujours O’Ree sur mon premier trio, j’avais une carte spéciale pour lui et je l’utilisais beaucoup. » Ancien partisan des Canadiens de Montréal, Manu appuie aujourd’hui les Bruins de Boston, pour qui O’Ree a joué ses 45 matchs dans la LNH.

Il surveille également de près d’autres joueurs de couleur, comme K’Andre Miller (de St. Paul, au Minnesota), qui joue pour les Rangers de New York.

« Je connais le parcours de Miller. Je le suis depuis son passage avec le programme national des États-Unis et à l’Université du Wisconsin avec Cole Caulfield (aujourd’hui un joueur des Canadiens de Montréal). C’était fou de voir Miller, Caulfield et (Alex) Turcotte (une sélection des Kings de Los Angeles qui a joué quelques parties dans la LNH) jouer ensemble. Miller est déjà dans la LNH et fait partie du premier trio d’une des meilleures équipes, donc je m’intéresse un peu à lui », explique Manu.

Il suit également P. K. Subban, qui a commencé sa carrière à Montréal. « J’ai continué de le suivre même après son départ pour Nashville, puis pour les Devils du New Jersey », précise-t-il, ajoutant qu’il se réjouit du succès de plus en plus de joueurs de couleur.

Martin sait que c’est probablement très important pour Manu.

« Je ne l’ai pas vu être victime de racisme, heureusement, confie l’entraîneur. Nous avons deux joueurs de couleur dans l’équipe, et je sais qu’il y en a d’autres ailleurs. La Colombie-Britannique et la BCHL sont très diversifiées; il y a notamment des joueurs originaires d’Asie et de l’Inde. »

Martin est heureux que Manu n’ait pas eu à gérer ce problème, mais il sait que tous n’ont pas cette chance.

« Il y a quelques années, j’avais un joueur... je n’en ai pas été directement témoin, mais j’ai entendu des rumeurs d’une autre équipe. Je ne sais pas ce qu’on leur dit (sur la patinoire), mais je suis certain que s’il se passait quoi que ce soit, je serais mis au courant. L’équipe réagirait. »


« En plus, Manny a le respect du vestiaire; la personne qui oserait s’en prendre à lui le regretterait amèrement. Et je sais que mes joueurs le défendraient même s’ils ne le tenaient pas en si haute estime. »

Manu se considère comme un solide joueur dans les deux sens de la patinoire. « Je suis très robuste, c’est très difficile de jouer contre moi. Je suis bon en désavantage numérique, c’est ma spécialité », précise-t-il fièrement.

Il s’inspire de David Savard, un défenseur des Canadiens; repêché en quatrième ronde par les Blue Jackets de Columbus, pour qui il a joué 10 saisons, Savard a fait un bref passage par Tampa Bay avant de revenir dans son Québec natal.

« J’aime son gabarit et sa présence en défensive, et aussi le fait qu’il sait créer des jeux en offensive », explique Manu.

S’il admirait autrefois Sidney Crosby, le jeune hockeyeur prend maintenant pour Charlie McAvoy des Bruins de Boston.

« C’est un joueur méconnu, on ne parle pas beaucoup de lui. Mais pour moi, c’est l’un des deux meilleurs défenseurs de la LNH. Il a une façon de bouger sur la glace... c’est un excellent athlète, et une très bonne personne. Je le suis sur les médias sociaux; il fait souvent des dons, aide les autres à l’Action de grâces... des trucs du genre. Oui, c’est une bonne personne en plus d’être un bon joueur. »

C’est grâce à McAvoy si Manu soutient les Bruins. « J’adore les Bruins. J’aime toujours les Canadiens, bien sûr, c’est l’équipe de mon enfance. J’ai grandi près de Montréal. Au Québec, la Sainte-Flanelle, c’est pratiquement une religion. »

Il espère, un jour, lui aussi soulever les passions.

Mario Annicchiarico est un rédacteur pigiste vivant à Victoria. Il a déjà couvert les activités des Oilers d’Edmonton de la Ligue nationale de hockey et de la Ligue de hockey de l’Ouest.

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