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Dans mes propres mots : Darren Lowe

Le premier joueur noir à représenter le Canada aux Jeux olympiques revient sur son parcours au hockey, des arénas de quartier jusqu’à Sarajevo et à l’Université de Toronto

Darren Lowe
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2 février 2021
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Je vais commencer en disant ceci : je ne me considère pas comme un pionnier.

On me pose des questions à propos de certaines choses que j’ai accomplies… sur le fait d’avoir été le premier entraîneur noir au hockey universitaire canadien, le premier joueur noir à porter les couleurs des Penguins de Pittsburgh et le premier joueur noir à représenter le Canada aux Jeux olympiques.

Je suppose que je ne considère pas vraiment ces expériences comme des « premières ». Elles ont simplement fait partie de mon parcours dans le monde du hockey, quelle que soit la couleur de ma peau. Les gens veulent savoir comment je me sentais en tant que joueur noir, mais je me considérais simplement comme un joueur de hockey.

Je suis loin d’être le type de joueur que Jarome Iginla est et a été, ou encore P.K. Subban. Ils n’ont pas été des athlètes olympiques grâce à moi; ils l’ont été en raison de leur talent. Ce n’était pas parce qu’ils étaient noirs, mais bien parce qu’ils étaient d’excellents joueurs.

Mais voir mon nom associé aux leurs? C’est très spécial.

Je sais que c’est le cas de nombreux Canadiens, mais j’étais un enfant obsédé par le hockey. Parce que mon père était impliqué dans le hockey, c’était tout naturel que mon frère et moi pratiquions ce sport. Nous avions la chance de vivre dans une rue de Toronto qui était délimitée à chaque extrémité par une patinoire, donc, nous pouvions sauter sur la glace quand bon nous semblait. Quand il ne faisait pas assez froid, nous jouions au hockey-balle jour et soir. Le hockey occupait toutes nos pensées.

J’ai fait mes débuts au hockey organisé sur ces mêmes patinoires, à l’extérieur. J’ai joué dans l’Organisation de la jeunesse catholique(ce qui était étrange, parce que je suis protestant) au cours de mes premières années et j’ai remporté un championnat provincial. Je suis passé à la Ligue de hockey métropolitaine de Toronto (aujourd’hui, la Ligue de hockey du Grand Toronto) et j’y ai joué jusqu’au niveau midget.

Étant originaire de Toronto, une ville tellement multiculturelle, j’étais rarement le seul joueur noir de mon équipe, ou du moins le seul joueur issu d’un milieu culturel différent. Je ne peux pas dire qu’il n’y avait jamais d’insultes ou de commentaires racistes, mais ils étaient rares. J’ai entendu d’autres gars raconter à quel point le racisme était présent et qu’ils ne voulaient même pas aller à l’aréna. Je n’ai jamais vraiment vécu ça. Est-ce quelque chose qui se passait à mon insu auquel je n’ai pas été exposé? Les gens parlaient-ils dans mon dos? Peut-être. En ma présence? Pas vraiment.

Au niveau junior, à quelques reprises, il y a eu des insultes, qui ont été suivies – je ne suis pas fier de le dire – par des bagarres. Cependant, ce n’était pas quelque chose qui me dissuadait d’aller à la patinoire ou qui me mettait vraiment mal à l’aise, et nous en discutions en famille régulièrement.

La famille a toujours été très importante pour moi. Au moment où mon frère et moi avons commencé à jouer au hockey, mon père ne jouait plus vraiment. Nous avons donc uniquement eu droit aux récits de ses exploits sur la glace. Et ils étaient vraiment amusants.

Au début des années 1950, mon père s’est retrouvé à Mount Forest, en Ontario, à environ deux heures au nord-ouest de Toronto. Il s’y est rendu avec un autre gars pour un emploi potentiel, et après qu’il ait sauté sur la glace et qu’ils aient constaté son talent, ils ne voulaient plus le laisser partir. Apparemment, ils ont caché ses vêtements, alors il a dû rester.

Papa a donc joué au hockey intermédiaire avec les Redmen de Mount Forest au sein d’un trio composé entièrement de joueurs noirs complété par Howard Sheffield et Gary Smith, ce qui était assez rare à l’époque. C’est toutefois un moment précieux de notre histoire dont notre famille est très fière.

Mon père a été notre entraîneur, à mon frère et moi, quand nous étions jeunes, mais pas longtemps. Il n’était pas le type de parent de hockey autoritaire qui criait dans l’aréna ou des choses du genre. Il était assez calme, mais en privé, ce qu’il aimait à propos du hockey était les buts. Cela m’a poussé à vouloir marquer tout le temps, et si vous jetez un coup d’œil à mes statistiques en carrière, je pense que je me suis bien débrouillé!

Après mon passage dans les rangs juniors, j’ai obtenu une bourse complète de l’Université internationale des États-Unis, qui est basée à San Diego, et j’allais maintenant jouer au hockey au sein de la division I de la NCAA. Je me suis donc rendu au sud de la frontière, ne sachant pas vraiment à quoi m’attendre. J’ai passé un an là-bas et nous avons affronté de très bonnes équipes universitaires. C’est là que ma carrière a pris son envol. Mes statistiques étaient vraiment bonnes contre des adversaires de niveau relevé et je réussissais très bien sur le plan académique. Cela m’a permis d’être admis à l’Université de Toronto.

J’adorais jouer à la maison. C’était le niveau adéquat pour moi, et la confiance que j’ai acquise au cours de ces années m’a conduit aux Jeux olympiques d’hiver de Sarajevo en 1984.

Mon parcours pour devenir un athlète olympique a été particulier. En raison de ma performance à l’Université de Toronto, j’ai mérité une bourse d’études de Hockey Canada. Je pense qu’il n’y a eu qu’une cinquantaine de bourses remises dans l’ensemble du pays. En tant que récipiendaire, j’ai attiré l’attention de l’équipe nationale et j’ai été invité à Calgary pour faire partie de l’équipe au cours de la saison 1983-1984 en préparation pour les Jeux. J’ai suivi le processus, mais je ne pensais pas vraiment avoir une chance. Contre des gars qui avaient été réclamés par des équipes de la LNH, les chances n’étaient tout simplement pas de mon côté.

Cette saison-là a été extrêmement éprouvante. Nous étions basés à Calgary, mais je pense que nous n’y avons joué que huit matchs au cours de la saison. Nous avons joué des séries contre les États-Unis, nous avons affronté les Russes et nous avons participé à de nombreux tournois en Europe. Je pense que nous avons disputé environ 80 matchs. Je me réveillais dans une chambre d’hôtel et je ne savais pas où j’étais parce que nous voyagions tellement.

Au retour d’un tournoi en Suède, quelques gars, dont moi, ont eu la possibilité de retourner à l’université. Nous n’étions pas retranchés, mais on nous a dit qu’il n’y avait aucune garantie que nous aurions une place au sein de l’équipe.

Il s’agissait ici des Jeux olympiques. Quand cette occasion se présenterait-elle à nouveau? Probablement jamais. Alors j’étais complètement investi. Les chances n’étaient pas de mon côté – des joueurs en provenance de différentes ligues arrivaient et repartaient sans arrêt – mais j’avais encore une grande confiance en mes moyens. Même à la dernière minute, je pense qu’ils ont peut-être considéré ne pas me garder, mais je me suis retrouvé au sein du premier trio aux Jeux olympiques. Les choses ont donc bien tourné.

L’expérience à Sarajevo a été formidable. Vivre dans le Village olympique était différent – il y avait des gardes armés partout, et il fallait passer par la sécurité à chaque entrée et sortie – mais c’était très amusant. Il y avait un centre de divertissement, et nous allions jouer aux machines à boules, parce que c’était très populaire à l’époque. Même le jour d’un match, nous allions jouer aux machines à boules.

Sur la glace, nous avons très bien performé. Nous avons remporté nos quatre premiers matchs pour mériter une place en ronde des médailles. En fin de compte, nous avons joué pour le bronze contre la Suède, et nous n’avons tout simplement pas été en mesure de nous mettre en marche. Nous avons perdu 2-0. Est-ce que j’aimerais avoir une médaille olympique en ce moment? Bien sûr. Par contre, le simple fait de participer aux Jeux olympiques a été une expérience incroyable. Nous avons eu l’occasion d’assister à d’autres épreuves et de rencontrer les autres athlètes. C’était comme une communauté canadienne – nous sommes allés voir du patinage artistique quand c’était possible, nous sommes allés au bobsleigh, au patinage de vitesse. Gaétan Boucher était aux Jeux olympiques cette année-là en patinage de vitesse, dont les épreuves étaient disputées à l’extérieur. J’ai beaucoup de bons souvenirs comme ça.

Pour ce qui est du hockey, un souvenir incroyable n’attend pas l’autre. Après les Jeux olympiques, j’ai reçu quelques offres d’équipes de la LNH. Je n’avais même pas d’agent, mais Doug Lidster, qui avait été mon cochambreur au cours de la saison, m’a mis en contact avec le sien. Je me suis retrouvé à Pittsburgh et j’ai disputé mes huit seuls matchs dans la LNH avec les Penguins. La blague qui revient toujours est que les Penguins voulaient tellement repêcher Mario Lemieux, et donc terminer avec le pire dossier, qu’ils m’ont offert un contrat. Est-ce que je pensais vraiment atteindre la LNH un jour? Probablement pas. J’étais un joueur moyen quand j’étais jeune. J’ai simplement travaillé d’arrache-pied.

Parce que j’ai disputé ces huit matchs dans la LNH, j’ai perdu une année d’admissibilité universitaire. Donc, au cours de la saison 1984-1985, je me suis promené quelque peu. Je suis allé au camp d’entraînement d’Edmonton, j’ai joué quelques matchs hors-concours avec Équipe Canada, j’ai aidé l’équipe à gagner la Coupe Spengler à l’occasion de la première édition du tournoi à Davos et j’ai joué un peu au niveau senior A avant de retourner à l’université à l’automne 1985.

Je terminais mes études en enseignement, mais au milieu de l’année, j’ai signé un contrat pour jouer au niveau professionnel en Europe à partir de la saison 1986-1987. C’était difficile pour moi de terminer mes études, mais je savais que je devais le faire parce que je ne savais pas si j’allais gagner beaucoup d’argent en jouant au hockey et je devais avoir un plan B.

J’ai eu beaucoup de plaisir en Europe. J’ai vécu et joué à Vienne et à Helsinki, où j’ai appris davantage sur le hockey et sur moi-même. Je suis revenu en 1987-1988 et j’ai connu une année incroyable dans la LIH avec Flint, terminant au troisième rang parmi les marqueurs de la ligue avec 117 points. J’ai ensuite joué avec l’équipe du Maine dans la LAH pendant une saison, avant de retourner à Flint et de terminer ma carrière de joueur à San Diego en 1990-1991.

Je me suis tourné vers l’enseignement immédiatement après avoir pris ma retraite, mais je savais que je voulais devenir entraîneur. J’ai appelé Paul Titanic à l’Université de Toronto, mais son personnel était complet. J’ai décroché un poste d’adjoint à Ryerson, où nous n’avons pas gagné un seul match pendant la saison. Ce n’était pas joli, mais j’ai beaucoup appris. J’ai été embauché à l’Université de Toronto la saison suivante, nous avons remporté le titre de SUO et atteint la finale nationale, et ma carrière derrière le banc était lancée.

Deux ans plus tard, je suis devenu entraîneur-chef quand Paul a démissionné. Un autre rêve lié au hockey devenait réalité. Quand j’étais jeune, j’ai assisté à des matchs à l’Université de Toronto. J’y ai joué au hockey universitaire. L’aréna était toujours bondé, et le fait que j’allais devenir entraîneur-chef était incroyable.

Je n’avais aucune expérience en tant qu’entraîneur autre que celle d’entraîneur adjoint. Je me suis servi de certaines des choses que j’avais apprises de mes propres entraîneurs, et j’ai eu d’excellents entraîneurs au cours de ma carrière. J’ai commis un million d’erreurs. Parfois, j’ai probablement été un très mauvais entraîneur, et parfois un bon entraîneur. Nous avons eu de bonnes équipes, nous avons eu de mauvaises équipes.

J’adore le hockey universitaire. Les joueurs sont des étudiants-athlètes à l’état pur. Ils savent qu’ils ne deviendront pas des professionnels, mais ils veulent jouer au hockey au plus haut niveau possible. Si vous pouvez avoir une influence modeste sur leur vie, cela en vaut la peine.

J’ai quitté mon poste d’entraîneur en 2017 parce que le moment était venu. J’ai eu l’occasion de changer ma vie, de passer du temps avec ma famille parce que mes enfants étaient encore assez jeunes pour être à la maison, et je pouvais assister aux matchs de hockey de mon fils et aux matchs de soccer et de volleyball de ma fille. J’avais l’occasion d’être un vrai père et un vrai mari, et de souper à la maison avec tout le monde.

Aujourd’hui, je suis instructeur à l’Université de Toronto, où je donne un cours pour entraîneurs intitulé Pedagogy of Playing Games. Je n’aime pas la correction, mais j’aime enseigner et j’aime travailler avec les étudiants.

En résumé, c’est moi. Je me suis beaucoup amusé en tant que joueur et j’ai tiré le maximum de mon talent limité. J’ai tout donné. C’est ce que font les gens quand ils ont une passion.

Le hockey n’a jamais été un travail et je serai éternellement reconnaissant pour tout ce qu’il m’a donné.

Darren Lowe

À propos de l’auteur
Darren Lowe a représenté le Canada aux Jeux olympiques d’hiver de 1984. Il a récolté deux buts et une mention d’aide en sept matchs pendant le parcours du Canada, qui a terminé en quatrième place. Il a aussi aidé le Canada à remporter la Coupe Spengler en 1984. Le Torontois de naissance a disputé 336 matchs dans les rangs professionnels, dont huit parties dans la LNH avec les Penguins de Pittsburgh en 1983-1984, avant de faire partie du personnel d’entraîneurs de l’équipe masculine de hockey de l’Université de Toronto pendant 25 saisons, y compris 22 ans (de 1995 à 2017) en tant qu’entraîneur-chef.

Pour plus d'informations :

Dominick Saillant
Directeur, communications
Hockey Canada
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Esther Madziya
Responsable, communications
Hockey Canada
403-284-6484
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